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Au confluent des torrents du Boréon et de la Fenestre se
trouve la Vallée de la Vésubie. Cette vallée offre des panoramas
extraordinaires.
Sur la commune de Belvédère, la vallée de la Gordolasque s'étire
jusqu'au pied du Mercantour. Les Granges de la brasque sont à découvrir
entre Lantosque et Roquebillière.Au cœur de l'une des belles vallées
parfois étroites qui permettent d'accéder à la partie Ouest du Mercantour,
la Vésubie écoule ses flots torrentueux au fond de gorges profondes
sur un parcour doté d'un riche patrimoine culturel.
Ses villages et ses hameaux de caractères abritent des maisons rurales
alpines construites pour savoir affronter les saisons et notamment
l'hiver parfois très rude. Cet habitat appelé "arberck"
était conçu pour permettre de subsister lors des périodes de grand
froid.
La vallée perpétue une tradition fromagère utilisant le lait de
vache, qui lui a permis de conserver de magnifiques vacheries, qui
produisent un fromage recherché : au Boréon,
à la Madonne de Fenestre, à
Venanson, aux Granges de la Brasque,
à Turini, à la Gordolasque
et à Férisson.
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La Vésubie, ou le poids des terres communales
La Vésubie est connue grâce aux travaux universitaires de J.-P.
Boyer pour le Moyen Age et d’E. Gili pour l’époque Moderne et Contemporaine.
De fait, dès le Moyen Age existe un véritable affrontement entre
les avveraggi (troupeaux) locaux et étrangers. Le partage des espaces
de pâturage est sujet à de véritables affrontements, démontrant,
s’il en était besoin, l’exiguïté de ceux-ci.
A chaque niveau, l’opposition semble irréductible. Aussi bien lors
de la mise en place des communautés, unies dans leur désir d’affirmation
réalisée grâce à l’opposition collective aux volontés « centralisatrices »
des souverains provençaux, que lorsqu’elles s’approprient des territoires
au détriment de l’une d’entre elles.
Dans le premier cas, les hautes terres, après avoir été définitivement
acquises par les Communautés, qui acceptent de payer des droits
annualisés confirmant leur droit d’usage, conservent leur caractère
collectif. C’est le cas de terres de Court, sur lesquelles pèsent
des droits d’usage de quatre communautés : Belvédère, Saint-Martin,
Lantosque et Roquebillière. Ou encore de la terra mitenc, revendiquée
par Saint-Dalmas Valdeblore et Saint-Martin-Vésubie. Elles sont
l’objet de procès interminables, depuis plus de 700 ans…

Le deuxième cas, celui de l’affrontement entre les villages, mena
parfois à de véritables guerres locales.
Ainsi, Roquebillière et Saint-Martin s’affrontèrent durant quelques
mois, les seconds allant même jusqu’à attaquer les troupeaux adverses
paissant sur les terres revendiquées, assassiner les pâtres puis
une bête mangée symboliquement sur place, pour matérialiser l’appropriation
du territoire convoité dans un rite raisonnant d’usages « barbares »…
Ces exemples démontrent à l’envie la fragilité de ces pâturages,
trop exiguë pour répondre aux véritables besoins des populations
locales.
Autre preuve de ce caractère, ces terres sont destinées en priorité
aux bovins, élevage caractéristique d’une société de subsistance.
A tel point que les premières grandes enquêtes administratives de
l’Etat Sarde démontrent que la Vésubie possède en moyenne 1 bovin
pour 2 ovin et 2 individus, proportion très importante.Leur exploitation
reste durant toute notre période collective.
Le troupeau communal est réuni chaque début de saison, avant la
saint Jean d’été, pour être mené aux alpages sous la garde d’un
pâtre (vaccaïro) et d’un maître fruitier dont l’activité devra permettre
une part importante de la subsistance annuelle des propriétaires
des animaux. Cette activité ne produit les meilleurs années qu’une
faible part d’excédents commercialisés, parfois exportés vers le
Piémont proche. L’essentiel est directement consommé par les familles
locales.
A la fin du XIXème siècle, un effort tout particulier de rationalisation
de l’élevage est tenté par les Communes. C’est alors que sont installées
les grandes vacheries, aujourd’hui abandonnées, et les fruitières
destinées à réaliser le fromage. A cette époque, Saint-Martin et
Roquebillière tentent même de développer une production locale de
« gruyère », en faisant appel à un fruitier Suisse… tentative qui
échoue. La déprise rurale du début des années 1950 met fin définitivement
à l’élevage « traditionnel ».
Eric GILLI
Professeur d'Histoire
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