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Très belle vallée le long de la Tinée, rivière montagnarde qui descend
depuis le Col de la Bonnette dans les Hautes-Alpes, puis traverse
le Mercantour.
Depuis Nice, se succèdent orangers, oliviers, châtaigniers
et mélèzes, jusqu'aux alpages.
De remarquables peintures murales alpines sont souvent hébergées
dans de modestes chapelles rurales, comme à Roure et Roubion.
La haute vallée s'enrichit chaque année de milliers de moutons transhumants
venus de l'ouest du département et de la région PACA, perpétuant
ainsi une tradition séculaire.
La vallée permet d'accéder aux grandes stations de ski d'Isola
(2000 m) et d'Auron (1600 m). Saint-Etienne de Tinée, au pied d'Auron,
permet d'accéder à de nombreuses balades alentour.
La Tinée, remues et alpages extrêmes
La Tinée est une vallée aux multiples aspects pastoraux.
Du Sud, profondément méditerranéen, au nord totalement « boréal
alpin », l’élevage s’est installé selon des modes très différents,
très tôt dans son histoire. La présence des cols, lieux de passages
permanents, laisse supposée que les grands herbages furent rapidement
conquis par les hommes.
Dans le premier espace, l’élevage caprin-ovin de subsistance prédomine.
Les espaces disponibles et accessibles à la pâture sont fortement
réduits et fragiles. Le climat Méditerranéen explique en partie
cette caractéristique. Les sols, légers, les versants fortement
encaissés des vallées et la surcharge des terrains causés par l’élevage
obligent à une gestion minimaliste de l’espace. C’est à cette discipline
que doivent se plier les communautés de la basse vallée de la Tinée
depuis le Moyen Age, lieux d’origine des grands seigneurs féodaux,
afin de préserver l’avenir et de pérenniser cette activité dans
cette zone. Certains d’entres-elles bénéficient pourtant d’un accès
aux hauts alpages.

Dès Ilonse, Roure et Roubion, les herbages semblent suffisants pour
les besoins de ces petites communautés. Dans la partie supérieure
de la Tinée, la situation est toute autre. L’espace disponible se
partage entre deux types de troupeaux. La majorité sont issus des
communautés locales, ce qui explique la forte proportion de bovins
que nous y constatons. La raison est la même qu’en Vésubie, tournée
principalement vers la subsistance des populations locales. Les
ovins sont pourtant présents, nombreux, et donnent lieu, aux XVIIème
et XVIIIème siècles, aux prémices d’une véritable activité spéculative.
En témoignent les ornementations architecturales des villages, qui
expriment une certaine aisance des élites sociales, principalement
à Saint-Etienne.
La notabilité locale domine ce commerce et obtient ainsi les moyens
de l’affirmation et de la confirmation de leurs pouvoirs durant
toute la période.
Ce sont eux également qui négocient et prennent sous leur autorité
la responsabilité d’introduire des troupeaux étrangers, qui bénéficient
ainsi d’un meilleur accueil et d’une simplification législative.
Cette activité est rendue possible grâce aux vastes étendues de
pâturages d’altitude (cf. études d’H. Geist), capables de répondre
à la fois aux besoins des troupeaux locaux, et d’offrir une possibilité
à l’intrusion pré-capitaliste de l’élevage extensif. Ce sont des
milliers d’ovins « provençaux » qui colonisent ainsi sur la Haute
Tinée, entre Isola et Saint-Dalmas le Selvage, et entretiennent
une activité importante jusqu’à la veille des grandes guerres du
XXème siècle.
Une seconde caractéristique de l’élevage septentrional de la Tinée
semble être les liens très étroits entretenus durant toute la période
avec les pâtres, éleveurs et troupeaux du Piémont voisins. La proximité
des vallées occitanes italiennes, leur ouverture plus prononcée
dans cette partie de leur parcours le permet et expliquent les nombreux
échanges constatés entre les deux versants.
Parallèlement, les accès aux grandes vallées provençales étant plus
propices, la Tinée bénéficie de ces dynamiques échanges et d’une
permanence de cette forte présence. N’idéalisons pourtant pas la
vitalité de l’élevage en Tinée et rappelons que tout en étant essentiel,
elle fut une activité difficile et fragile dans l’ensemble de notre
région.
Eric GILLI
Professeur d'Histoire
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