|
La Vallée de la Roya et de la Bévéra, l'un des plus beaux circuits
de la Côte d'Azur, vous emmène vers les hauteurs en traversant des
paysages grandioses offrant de belles vues sur la montagne ou la
mer. Loin de l'agitation des cités du littoral, calme et grandeur
sont au rendez-vous dans ce parcours pastoral.
L'économie traditionnelle était fondée sur l'agriculture et l'élevage
(essentiellement d'ovins), donnant lieu à des échanges commerciaux
avec le littoral et la plaine du Pô.
En prêtant attention vous découvrirez un peu partout
des murettes construites sur le flanc des montagnes (les "faïssas")
qui témoignent de la culture en terrase des différents
produits : blés, seigles, ou même des vignes sur les
adrets bien ensoleillés.
De petites maisons en pierres sèches ("les Ciabots")
permettaient d'entreposer les outils et de passer quelques jours
à travailler sur place. De nombreux alpages d'altitude (entre
1500 et 2500 mètres) accueillaient des troupeaux pendant
la saison d'été. L'hiver ceux-ci descendaient dans
des régions plus clémentes : les environs de Nice,
de Cannes, dans la plaine de la Crau ou encore en Ligurie.
Comme dans beaucoup d'autres régions de la vallée
parlent encore un dialecte avec néanmoins des variantes d'un
village à l'autre.

 |
 |
La Roya, terre des grandes transhumances
La Roya a longtemps été dominée par les seigneurs de Vintimille,
relevant bientôt le nom plus prestigieux de leur principale alliance,
celle des Lascaris. La République de Gênes y exerça une influence
économique majeure. Au XVIIème siècle, la haute vallée échue définitivement
dans le giron des seigneurs de Savoie. Cet espace septentrional
est le plus connu, grâce aux travaux majeurs de J. Fenoglio (1980)
et A. Ortolani (1993). Cette géopolitique explique en grande partie
le rôle déterminant des grandes transhumances.

Les importants troupeaux provençaux prirent très tôt l’habitude
d’y migrer annuellement, afin de profiter des vastes pâturages d’altitude
des communautés tendasque et brigasque.
Sur ces deux communes, ils occupent au XVIIIème siècle 28 000 journées
piémontaises à La Brigue (plus de 10 800 ha), 18 000 à Tende (près
de 7 000 ha). Ces espaces sont loués chaque année, avantageusement
pour les troupeaux locaux : 4 Livres 2 écus par troupeaux de 50
moutons ou chèvres, 11 écus par tête de vache, 19 pour les bœufs.
Le bétail étranger est surimposé 1/3 du prix en plus pour le même
nombre d’animaux.
En dehors des locations, il pèse un certain nombre de droits d’usages
sur ces espaces communaux, auxquels ne peuvent accéder que les « citoyens »
du pays.
Ceux-ci peuvent prélever du bois de chauffe, et s’en servaient l’hiver
pour faire paître leurs troupeaux domestiques. Certaines terres
y étaient cultivées et étaient placées sous défens jusqu’au temps
de la récolte. Après celle-ci, elles revenaient à leur destination
première de pâturages.
L’exploitant recevait, avec la location, le droit de prélever le
bois nécessaire à la réfection des cabanes des bergers, pour le
chauffage et la cuisson des fromages. Il pouvait enfin circuler
d’une bandite à l’autre, comme le stipulait son droit de parcours.
Des espaces particuliers de stabulation lui étaient réservés le
long des draï de liaison.
La Haut Roya forme enfin un espace totalement original qui permettait
également aux troupeaux piémontais de venir paître ses alpages.
Le col de Tende, peu exigeant à franchir, autorisait ces migrations,
d’un versant à l’autre. Si les pâtres étaient généralement originaires
de la Roya, il se pouvait que certains le soient du proche Piémont.
Les liens familiaux étroitement tissés le permettaient.
Eric GILLI
Professeur d'Histoire
|